SÉLECTION

 

Paru le : 19 mars 2002

Menu Sélection


Claudine Amstein victime des coups de crayon
ANALYSE • Sur les deux candidats libéraux, seule une a réellement pâti de la désunion du centre droit.

DIDIER ESTOPPEY

Les libéraux vaudois ne décolèrent pas après la perte, dimanche, d’un de leurs deux sièges au Conseil d’Etat. Ils en veulent à leurs cousins radicaux qui auraient abondamment tracé leurs candidats sur la liste commune. Une analyse détaillée du scrutin permet pourtant de relativiser l’ampleur de «l’affront».
Certes, comme nous l’écrivions hier, l’électorat de droite est globalement moins discipliné que celui de gauche, un phénomène qui se vérifie à chaque élection. Sur les 40 358 bulletins du centre droit glissés dans les urnes dimanche, 10 914 ont été modifiés, contre 7110 modifications sur 40 926 bulletins à gauche. Mais les cinq candidats de droite font tous les frais de ces coups de crayon: le radical Pascal Broulis est biffé 2257 fois sur les listes de droite, contre 2400 fois pour l’UDC Jean-Claude Mermoud (qui n’a donc pas tant été tracé qu’il a bien voulu le dire à la presse), 2654 fois pour la radicale Jacqueline Maurer et 2798 fois pour le libéral Charles-Louis Rochat. Championne toutes catégories: la libérale Claudine Amstein, rayée à 4715 reprises des listes du centre droit. Mais la directrice de la Chambre vaudoise immobilière, probablement ressentie comme trop proche de la droite affairiste, était déjà très nettement en tête des victimes de coups de crayon lors du premier tour.

VOTE PROPORTIONNALISTE
Si le comportement de l’électorat de droite peut expliquer le choix de Charles-Louis Rochat contre Claudine Amstein, il n’a pas suffi à provoquer la perte d’un des deux sièges libéraux. Le parti a plus souffert de ce que l’écologiste Daniel Brélaz taxe de «vote proportionnaliste». Les électeurs qui ont fait usage d’un bulletin sans dénomination ont donné une prime aux deux premières formations du canton, les socialistes et les radicaux. Leurs quatre candidats y réalisent chacun dans les 10 000 voix. L’écologiste Philippe Biéler fait exception à la règle en réalisant un véritable tabac avec quelque 14 000 suffrages apolitiques. Les deux libéraux n’en engrangent par contre qu’environ 7500 chacun, contre 8800 à l’UDC Jean-Claude Mermoud et 6800 au popiste Josef Zisyadis. Secrétaire du Parti libéral, Olivier Rapin n’en continue pas moins à fustiger les cousins radicaux. «Je persiste à dire que le fait que nos deux candidats aient été les plus tracés n’est pas dû au hasard. Et l’attitude des radicaux durant la campagne explique aussi nos pertes sur les votes proportionnalistes.» Dernière catégorie d’électeurs à creuser les écarts à droite: la gauche. On trouve ainsi 1467 fois, sur des bulletins de gauche, le nom de Pascal Broulis, mais 389 fois seulement celui de Charles-Louis Rochat.
Les électeurs de gauche ont toutefois ménagé leurs crayons. Seuls 854 ont tracé le nom de Philippe Biéler, et 1350 environ les noms d’Anne-Catherine Lyon ou Pierre Chiffelle. Josef Zisyadis, tracé à 3740 reprises, pâtit plus du phénomène. «Mais je ne m’en alarme pas, tempère le popiste, qui a manqué son élection pour 829 voix seulement. La discipline de vote a globalement bien fonctionné.» Le candidat s’étonne d’avantage d’un autre phénomène: il avait réalisé près de 50% de ses suffrages du premier tour sur des listes sans dénomination; un score qui chute cette fois à environ 15%. Encore une victime de ce fameux vote proportionnaliste… «Il y a manifestement beaucoup d’électeurs dans ce canton, y compris à gauche, qui préfèrent me voir conserver mon rôle d’opposition» constate le communiste avec philosophie.

CHAQUE VOIX COMPTE
Qu’on ne sent pas moins dépité de manquer la cible pour si peu. D’autant qu’un autre phénomène cher aux popistes a joué: le taux de participation. De 28,05% en moyenne, il a varié, selon les arrondissements, de 19,8 à 37,9%. Et même si le phénomène ne se vérifie pas partout – le fief de gauche de la vallée de Joux, où le popiste réalise un véritable tabac, est aussi celui qui bat les records de participation – on note une tendance à une plus forte mobilisation dans les villes de droite que dans celles de gauche. La participation est ainsi de 32,6% dans l’arrondissement de Pully, contre 29,4% à Lausanne (le popiste y réalise 56,6% des voix) ou 28,3% à Morges et 26,9% à Romanel, deux arrondissements comportant plusieurs communes de l’Ouest lausannois où Josef Zisyadis réalise ses meilleurs scores.
Le POP en est réduit à continuer à mener campagne contre l’abstentionnisme et à s’accrocher à son
fameux slogan: «Chaque voix compte!»

Menu Sélection