23.08.2002
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Expo.02

BILAN INTERMÉDIAIRE : LE CAP DES 100 JOURS A ÉTÉ FRANCHI DISCRÈTEMENT

Le public préfère Morat

La billetterie est à la hausse, mais il manque déjà un million de visiteurs. Bienne, l'arteplage le plus boudé du public, arrive en queue de peloton de notre hit-parade des sites à voir.

CHRISTIAN AEBI

Le seuil est franchi. Il reste désormais cinquante-neuf jours à l'expo pour vivre et faire le plein. Hier, la manifestation passait discrètement la barre psychologique des cent jours. Pas de conférence de presse, ni de déclaration de la direction générale. «Rien de neuf à signaler depuis le bilan à mi-course» (n.d.l.r.: brossé le 5 août, par Nelly Wenger) fait savoir le porte-parole.

Et Laurent Paoliello d'esquisser toutefois un bilan en forme d'argument: «Nous avons toujours 90% de taux de satisfaction des visiteurs.» Et côté finances? «Résultat incertain: tout peut changer dans les deux mois à venir. Mais le public est très satisfait de l'expo...». Il n'empêche. En cent jours, le plus coûteux événement culturel que la Suisse ait jamais connu (1,44 milliard) est en dessous de ses objectifs de fréquentation.

Morat fonce

En compulsant les derniers comptages fournis hier, il manquait un million de visiteurs! 5,48 millions avaient franchi les portillons des arteplages, alors qu'ils auraient dû être 6,53 millions. Il manque donc près de 11 000 visites quotidiennes à l'expo. Autre constat: les arteplages attirent les foules différemment que prévu. Alors qu'Yverdon et Neuchâtel manquent leur cible dans la répartition des entrées de 13 et 14% , Bienne, en revanche, accuse près de 27% de perte sur son potentiel. Bonne surprise par contre à Morat, qui dope de 13% les visites par rapport aux estimations.

Vente à la hausse

Explications officielles: ces chiffres intermédiaires sont à prendre avec des pincettes. «Les journées cantonales peuvent faire varier considérablement la fréquentation, explique Laurent Paoliello. De plus, nous misons sur la longueur, sur cent cinquante-neuf jours. Les visites ne veulent pas dire grand-chose, les billets achetés sont plus déterminants.» Sur ce terrain-là, l'expo a fait des progrès, avec 3,1 millions de billets vendus à ce jour, elle pourrait atteindre les 4,3 millions de billets tant espérés, d'ici au 20 octobre. Dans moins de deux mois. Le compte à rebours est lancé.

Notre hit-parade des arteplages

Pour marquer le cap des cent jours, 24 heures a passé en revue les quatre arteplages. Quatre journalistes travaillant sur l'expo les ont notés de manière subjective sur divers critères.

Note maximale: HHHHH

Depuis l'ouverture

14 mai: première du spectacle d'ouverture de François Rochaix, diversement apprécié.

Fin mai: diverses polémiques relayées par certains médias (prix de la nourriture et des boissons, manque de drapeaux nationaux).

Fin mai (bis): un restaurant ferme à Neuchâtel pour cause de travail au noir.

30 mai: Blur, le nuage artificiel d'Yverdon, fonctionne enfin correctement.

Début juin: satisfaction de l'expo. Plus d'entrées que prévu.

Mi-juin: premiers débats sur ce qu'il faudrait conserver après la manifestation.

Fin juin: les boutiques de l'expo réduisent la voilure.

29 juin: Journée cantonale vaudoise. 20 000 visiteurs à Yverdon.

Fin juillet: changement de public. Après les courses d'école, les familles et les touristes.

19 juillet: la ville d'Yverdon annonce qu'elle aimerait conserver la structure de Blur après l'expo.

5 août: bilan intermédiaire. Succès populaire, mais pas financier. Une nouvelle demande de sous aux collectivités publiques n'est pas exclue.

Fin août: fin des vacances. On vise à nouveau les écoliers.

Neuchâtel

PREMIER

18 676 visiteurs

par jour (­14,3% que prévu)

APPRÉCIATION

GÉNÉRALE: HHHHH

A la fois beau et convivial, colle à son thème, a le plus de gueule des quatre.

ARCHITECTURE: HHHHH

Cohérente, condensée, mais bien répartie sur le site. Un must: le coin des galets.

PAVILLONS: HHHH

Parmi les plus réussis. Faciles à comprendre, interactifs, populaires. L'ensemble sur les robots et l'intelligence artificielle vaut le détour.

AMBIANCE: HHHH

Familiale, détendue, cossue et animée. Surtout le soir grâce au Cargo. Rien à redire côté Events.

RESTOS: HHHH

Choix varié, du bio au foie gras. Le tout pas très cher dans l'ensemble.

COUPS DE COEUR:

la vue sur le secteur des galets et des roseaux, l'ambiance et la manière dont se visite le Palais de l'équilibre. Permet d'éviter les grosses queues à l'entrée.

COUPS DE SANG:

beurk, les autos tamponneuses du mini Las Vegas clinquant, sous la halle du Fun Park. Une faute de goût.

Photos: Odile Meylan/Keystone

Morat

DEUXIÈME

8973 visiteurs

par jour (+13,4% que prévu)

APPRÉCIATION

GÉNÉRALE: HHHH

Bucolique mais un peu morne, la mixité expo-ville casse l'ambiance. L'arteplage n'en demeure pas moins le moins stressant.

ARCHITECTURE: HHHHH

Eclatée, concept difficile à lire, topographie compliquée. Malgré tout grande cohérence de l'ensemble qui se marie étonnamment bien avec la vieille ville.

PAVILLONS: HHH

Hétéroclites, peu visionnaires, bien ancrés dans la réalité suisse. De très bons pavillons (un ange passe, Monolithe, Werft), d'autres pas aboutis (Heimatfabrik).

AMBIANCE: HHHH

Richesse des Events et esprit de marché, un peu rustique. Résultat, une ambiance à la fois ouverte et dispersée, traditionnelle et originale.

RESTOS: HH

Rapport diversité et qualité-prix pas terrible; bistro militaire, une exception bienvenue. Heureusement, il y a de quoi se sustenter en ville.

COUP DE COEUR: le panorama contemporain dans le monolithe.

COUPS DE SANG: éclairage nocturne vraiment insuffisant, aucun spectacle. L'Heimatfabrik, pavillon prétentieux et quasi incompréhensible. Pénible: la course d'orientation et la dissémination des expos.

Yverdon

TROISIÈME

10 449 visiteurs

par jour (­20% que prévu)

APPRÉCIATION

GÉNÉRALE: HHH

C'est un peu le chantier, mais il a plus de charme que ne le laisse croire sa réputation.

ARCHITECTURE: HHH

De bonnes idées, réparties sur un espace trop vide. Manque de repères, mauvaise circulation. Bon points en revanche: ses rondeurs (collines) et le nuage.

PAVILLONS: HHH

Tout n'est pas enthousiasmant. Et le thème vraiment trop fourre-tout. Mais bons pavillons quand même (Oui, Swisslove, Jardin d'Eden, Kids Expo).

AMBIANCE: HHH

Animations insuffisantes et confinées le soir au BarRouge et au Mondial. Les grands espaces vides n'arrangent rien.

RESTOS: HHH

Sympas, plutôt bons et corrects, mais rien qui sorte du lot. Bonne diversité, service en général très lent. S'abstenir de manger au Tour du Monde.

COUPS DE COEUR: la terrasse du BarRouge la nuit avec vue sur le nuage illuminé. Le Mondial, tout bien pesé. Programme musical extraordinaire. Dommage que peu de places pour manger.

COUPS DE SANG: le pavillon Signal douleur, trop douloureux en médiocrité. Forte granulométrie au sol. Spectacle de nuit à éviter, de grâce.

Bienne

QUATRIÈME

16 936 visiteurs

par jour (­26,7% que prévu)

APPRÉCIATION

GÉNÉRALE: HH

Imposant et froid, c'est l'arteplage qui déçoit.

ARCHITECTURE: HHH

Audacieuse, imposante, vaste, certes. Mais manque d'unité (coupée en deux parties). Trop disparate.

PAVILLONS: HH

Les plus sophistiqués, soignés, mais parfois abscons-intellos. A voir celui de la BNS, Cyberhelvetia, Swish, L'Empire du Silence et Stangers in Paradise. On peut se passer du reste.

AMBIANCE: HHH

Bons Events, riches. Petit bémol linguistique (peu pour public francophone). Globalement: atmosphère plus stricte, urbaine et impersonnelle.

RESTOS: HH

Plats souvent alémaniques et traditionnels. On y trouve quelques bons coins, par ailleurs pas toujours bien placés. Eviter le Ranch et l'Aloha Café.

COUPS DE COEUR: l'esthétique des tours, surtout lorsqu'elles sont éclairées de nuit.

COUPS DE SANG: l'Empire du Silence: cela commence bien, mais finit mal. Décidément trop bruyant. Et comme à Neuchâtel, le Fun Park, malvenu et bien trop cher.

YVERDON

Nouveau look pour deux pavillons

Depuis peu, un scanner, comme ceux que l'on trouve dans les aéroports, est présent au début de la file d'attente pour le pavillon Onoma. Nouvelles mesures de sécurité à l'expo? Rassurez-vous, l'objet, dont l'alarme s'enclenche parfois au passage d'un visiteur, s'inscrit simplement dans les nouveautés aménagées sur les pavillons Premier Regard et Onoma. Un moyen de faire entrer plus vite le public dans le jeu et d'animer son attente. Une idée du dramaturge Gabriele Bazzichi, qui souhaitait proposer plus d'interactivité entre visiteurs, personnel et pavillons. Pas d'immenses modifications au niveau architectural, donc, mais plutôt l'ajout d'une dimension théâtrale. Pour Onoma, la présence du scanner, comme la condamnation de la sortie initiale, contribuent à reconstituer une ambiance de bâtiment officiel, plutôt austère et contrôlé. La bouche du pavillon Premier Regard s'est, quant à elle, renfermée pour laisser place à plus de mystère, avec comme seul accès un chemin de pierre entouré d'eau. Dans l'entrée, le bicéphale, interprété par deux membres du personnel, invite avec sensualité les visiteurs à entrer. Affublé de nouveaux uniformes, le personnel acquiert ainsi un rôle actif dans cette démarche novatrice.

Mélanie Romero

POTINS

Ouverture

d'un cybercafé à Yverdon

C'est en principe dimanche qu'est prévue l'ouverture d'un cybercafé sur l'arteplage d'Yverdon. Baptisé Ice Storm, le futur rendez-vous des internautes prendra ses quartiers non loin de l'entrée principale, dans un local qui abritait une des boutiques de l'expo, aujourd'hui fermée. Le lieu, dédié à la communication, aux jeux et à la détente, comprendra une quinzaine d'ordinateurs, un bar, ainsi qu'une terrasse. Le bon moyen pour les visiteurs de consulter leurs mails entre deux pavillons ou, pourquoi pas, d'aller chercher quelques informations sur l'expo?

M. Ro.

Dix licenciements aux Events

Comme le relevait hier notre confrère L'Express, les Events ont licencié dix personnes cet été, des surveillants, des placeurs, deux artistes des «Little Dreams» et un ingénieur du son. L'expo est-elle en train de dégraisser pour faire des économies? «Pas du tout, nous sommes plutôt en phase de renforcer les effectifs, vu l'affluence qui augmente et le changement de clientèle, avec le retour des groupes cet automne, explique Frédéric Hohl, directeur de l'exploitation. Il y a chaque jour des collaborateurs qui partent, d'autres qui sont engagés, comme dans n'importe quelle entreprise.» M. S.