28.06.2002

NOUVELLE CONSTITUTION:
UNION SACRÉE POUR DÉFENDRE LE PROJET

106 constituants sortent les griffes

La riposte n'a pas tardé. Après le refus des libéraux, un large comité de soutien appelle les Vaudois à découvrir l'ensemble du texte avant de se prononcer.

JEAN-MARC RAPAZ

«Pas touche à notre projet!» Rarement on aura vu dans le Pays de Vaud pareille union sacrée. Imaginez côte à côte un libéral comme l'avocat Jacques Haldy, une représentante de Vie associative et secrétaire de l'ASLOCA, une juriste radicale, un jeune intellectuel socialiste, un UDC et un ancien conseiller national écologiste: tout ce beau monde (ils sont 106 au total) serre les coudes pour défendre le projet de nouvelle constitution qui sera soumis au peuple le 22 juin.

Y avait-il besoin d'en faire autant? Sans aucun doute. Comme on le pressentait depuis quelques semaines, la Charte fondamentale appelée à remplacer celle de 1885 ne passera en effet pas comme une lettre à la poste. Le Centre patronal a déjà procédé à un premier tir d'artillerie la semaine dernière, alors que quelques élus sont en train de monter un comité d'opposition qui devrait sortir du bois la semaine prochaine. Et, cerise sur le gâteau, contre l'avis de la majorité de ses constituants, le Parti libéral a décidé mardi soir d'appeler à voter non, au grand dam de Jacques Haldy resté fidèle quant à lui.

«Les bras m'en sont tombés»

L'attitude des libéraux et plus particulièrement celle de Jean-François Leuba (24 heures d'hier), qui était l'un des trois coprésidents de la Constituante, n'a pas, mais alors pas du tout, été appréciée par Christelle Luisier (cheffe du groupe radical) - «Il aurait au moins pu s'abstenir» - et par Marcel Cohen-Dumani (rad.): «Ça m'a personnellement choqué. Il était dans la même commission que moi, il avait même fait des propositions et était d'accord avec nous. Quand j'ai découvert son refus, les bras m'en sont tombés.»

Cela dit, les partisans de la nouvelle constitution se réjouissent finalement d'avoir des adversaires déclarés. «Mieux vaut un véritable débat démocratique qu'une opposition larvée», commente Christelle Luisier.

Le POP se ravise

Reste que le combat n'est pas gagné d'avance, même si on a appris hier en fin d'après-midi que le POP, dont les représentants avaient refusé le texte lors du vote final, appellera finalement à voter oui. Toute la difficulté pour le comité de soutien consistera à faire prendre conscience aux Vaudois qu'il s'agit d'un paquet global, qu'il faut en peser le pour et le contre et surtout ne pas refuser à cause d'un seul article tout un projet, qui a quand même nécessité trois ans de travaux et quatre millions.

Comme le rappellent les uns et les autres, ce texte d'ouverture qui «respecte aussi les traditions et l'histoire» est le fruit d'un compromis: «Cela ne veut pas dire qu'il s'agit d'un machin mou.» En clair, chacun a dû avaler des couleuvres pour obtenir des friandises en contrepartie.

Le temps de la réflexion

Mais voilà, il n'est pas certain que chaque Vaudois prenne le temps de se plonger dans un texte qui contient la bagatelle de 180 articles. On remarque à ce propos que les 106 membres du comité de soutien sont tous des constituants. Ainsi, même s'il est peu probable que les opposants, pour des raisons stratégiques, ne concentrent leurs efforts que sur un seul article, il est en revanche vraisemblable que le débat public, lui, se focalise sur l'un ou l'autre des points forts de ce texte.

Évidemment, tout le monde pense en premier lieu au droit de vote et d'éligibilité qui serait donné aux étrangers après dix ans de résidence. On se souvient que cette seule nouveauté avait été refusée l'an dernier par le peuple genevois. Il y a aussi la création d'une assurance maternité cantonale en cas d'absence de dispositif fédéral ou encore, même si personne n'en parle ouvertement, la reconnaissance accordée à la communauté israélite.

Dès la mi-août

Tenant compte de la nouvelle donne introduite avec le vote par correspondance (les Vaudois pourront voter dès le 26 août), le comité se lancera donc dans «une campagne de proximité» dès le milieu du mois d'août. Il espère aussi réunir un budget de 50 000 francs pour des affiches et a ouvert un site internet (www.constitution-oui.ch). On ignore encore en revanche quels seront les moyens du camp adverse et quel sera l'appui du Centre patronal dans cette lutte à couteaux tirés.


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