Chères et chers collègues,

Au cours de la dernière séance de la Constituante, certaines personnes m'ont demandé le texte de mon intervention contre le cumul des mandats. C'est donc avec un peu de retard que je souscris à cette demande.
Les lecteurs attentifs du Temps auront remarqué que les socialistes genevois avaient présenté la même demande ces derniers jours aux niveaux fédéral/cantonal mais également aux niveaux cantonal-communal. Peut-être que selon le dicton de ce même journal, un jour le Temps nous donnera raison!

Amitiés

Cédric Pillonel
Cédric Pillonel met la dernière main à son intervention en compagnie d'Adrien Bavaud  4 mai 2001
 

 

Intervention

L’importance de ce rapport de minorité
Est grande et je vais, Citoyens, vous la montrer.
Il convient de dépasser sa timidité
Et, sans attendre, je vais, en vers, m’y atteler.
Si le cumul des mandats est critiquable
Sur bien des points avec de nombreux exemples,
Rassurez-vous je ne mettrai sur la table,
Que quatre aspects sans qu’ils ne soient trop amples.

Le premier de ceux-ci appelle votre logique
Et traite du surmenage que tous vous connaissez.
Le temps nous manque parfois, et c’est problématique,
Lorsque l’on est ensemble syndic et député.
Rappelez-vous notre assemblée fut unanime
A l’heure d’estimer le travail d’un député.
Sans hésiter, nous avons tous voulu qu’il rime
Avec le vingt pour cent d’un travail salarié
Soyons logiques et n’y ajoutons pas le temps
Que tout bon municipal doit à sa commune.
Les députés doivent pouvoir s’investir pleinement
Et ne pas tout bâcler et siéger pour des prunes.
La qualité du travail est proportionnelle
Au temps disponible pour étudier les dossiers.
L’efficacité qui est notre vœu éternel
De nos chers députés nous pouvons l’exiger.

Le deuxième de mes points parle de Montesquieu
Et surtout de la séparation des pouvoirs.
Celui-ci, en effet, n’en croirait pas ses yeux,
Son principe est trahi sans qu’on veuille bien le voir.
Législatif, exécutif tous mélangés,
Sous un mauvais prétexte de niveaux différents
Permettent au même citoyen de pouvoir siéger
A des pouvoirs opposés simultanément.
Pour le pouvoir judiciaire cette exigence dure
Car il n’est pas possible d’être juge cantonal
Et municipal dans la même législature
Ou alors de siéger au conseil communal.
Les multiples liens entre les communes et l’État
Doivent nous inciter à partager les fonctions
De peur que le député-syndic ne tremblât
De choisir, lors du vote, entre cœur et raison.

Le troisième point dont j’aimerai vous entretenir
Traite du thème compliqué de la démocratie.
En effet, cette dernière nous conduit à haïr
Le pouvoir personnel et les fonctions à vie.
N’est-il pas scandaleux que dans un tel système,
Une poignée d’oligarques se partagent le pouvoir,
Répartissant les charges entre ceux qui les aiment,
Et instaurent en silence une oligarchie noire.
Bien sûr on me dira que ce sont les meilleurs
Qui cumulent ces fonctions grâce à leur compétences.
Aristocratie est donc un terme meilleur,
mais je ne vois aucune démocratique avance.
Si l’on veut toujours avoir des gens motivés
Et imaginatifs il nous faut une relève.
Cette dernière ne doit pas constamment se heurter
Aux caciques vieillissants ses terribles porte-glaives,
Qui avec leur longue expérience donnent les mots d’ordre
Mènent les débats et parlent pour le bien du canton
Alors qu’ils ne pensent le plus souvent qu’à le tordre
Afin pour leur parti d’avoir des promotions.

Si nous définissons que lors des votations,
En tout chaque électeur ne dispose que d’une voix,
Il paraît donc logique que nous établissions
Qu’entre deux charges politiques chacun doit faire un choix.

Il me reste encore à traiter mon ultime point,
Cet dernier argument qui me tient très à coeur.
Pour être dynamique la politique à besoin,
d’idées originales comme de nouveaux moteurs.
Ces énergies sont le plus souvent apportées
Par les nouveaux qui avec fougue et bonne humeur,
Proposent des idées neuves et tracent des sentiers
Dans des sens autres, originaux et novateurs.
Le canton en entier trouvera avantage,
Dans ces débats nourris entre les députés,
A la grande expérience, aux idées d’un autre âge,
Ou tout nouveau, tout frais mais pas encore blasés.

Pour ne pas vous lasser de mes alexandrins,
Et réduire à néant la cause que je défends,
J’aimerai à mon intervention mettre une fin
Et laisser la parole à mes post-opinants.
Ceux-ci, pleins de raison nous diront que j’ai tort
Que les postes sont nombreux, que l’excellence existe,
Qu’il faut l’encourager, lui laisser sans effort
Briguer plusieurs mandats et la laisser en piste.
Le rêve de l’excellence a fait glisser plus d’un
De la démocratie au totalitarisme.
Les règles démocratiques veulent qu’il n’y en ait pas qu’un
Pour protéger l’État, le sauver des séismes.
Il faut donc que nous considérions humblement
Que nous ne sommes qu’un et point indispensables
Que l’État a vécu sans notre aide bien longtemps
Et qu’après nous il restera gouvernable.

Je vous suggère donc avec humilité
d’accepter cet article pour le bien du canton
Et si possible de ne pas vous laisser tenter
Par les intéressés qui bientôt parleront.
Ceux-ci ne manqueront pas d’exposer leur sagesse
Et la confiance du peuple qui les a menés là,
Leurs discours seront clairs mais causeront ma tristesse
Car ils seront en prose et vaincront malgré ça.